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Mon “post” éco


Autant le dire tout de suite : ceci est un éditorial. Oui, oui. Un article à saveur politique. On dit que l'Art est au-dessus de la politique. On dit aussi que les artistes sont là pour déranger. Et en même temps, pour ceux que ça intéresse, vous en apprendrez peut-être un peu plus sur Matthieu et moi, et nos valeurs.


Je suis allée à la marche pour le climat le 27 septembre. D'accord, même si je n'avais pas voulu y aller, en sortant de mon cours de danse, j'aurais été obligée de marcher un peu dans la même direction que la foule monstre qui sortait de la station Place-des-Arts. Mais il se trouve que je voulais y aller. J'avais même prévu apporter toutes mes affaires et ajusté mon horaire en conséquence. Ceux qui voient mon profil Facebook savent que je soutiens, à ma façon, la cause écologique. Je ne parle pas de Greta dont les politiciens, qui savent qu'elle est une inspiration pour beaucoup de monde, essaient de se servir. Ils la reçoivent, font des beaux discours et pas grand-chose après. Personnellement, je la trouve assez sympathique, Greta. Un peu maladroite socialement, elle ouvre la bouche et dit des trucs qui dérangent, elle fronce les sourcils souvent, a un visage très expressif, une grosse mémoire, écrit bien et est idéaliste. Elle dit des choses qu'on a besoin d'entendre. Eh oui, elle me rappelle quelqu'un... mais en plus brave.


Je veux surtout parler de tous ces « et toi, qu'est-ce que tu fais, au lieu de marcher? » et ces jugements qui me tapent sur les nerfs. En effet, depuis plusieurs années déjà, Matthieu et moi faisons notre lot de petits efforts quotidiens.


Eh oui. En introvertis que nous sommes, nous posons ces petits gestes quotidiens en silence. Nous évitons d'utiliser la voiture lorsque nous le pouvons. Nous nous sommes installés près de notre lieu de travail durant des années afin de pouvoir y aller à pied, et maintenant que nous n'avons plus de lieu de travail fixe, nous avons choisi de vivre à un endroit stratégique qui nous permettrait de limiter nos déplacements en auto. Nous essayons d'éviter le plastique. Nous choisissons nos produits en conséquence. Nous choisissons des produits peu emballés et avons nos propres sacs et contenants. Nous n'avons qu'un seul luxe dans notre vie quotidienne: Internet à la maison (que nous n'avions pas durant les 7 dernières années, mais ayant laissé derrière nous un travail fixe, nous avons dû nous rendre à l'idée afin de pouvoir communiquer rapidement). J'ai aussi un autre petit luxe : des classes de ballet auxquelles je me rends en transports en commun. Nos produits nettoyants sont biodégradables et éco-responsables, et personnellement, je gère ma vie de femme de la même façon.


Je vais mettre les points sur les i tout de suite : les installations pour composter n'existent pas pour notre bloc appartement et il nous est impossible d'être végétariens. Ce n'est pas parce qu'on voudrait bien qu'on peut. (Ici, ça touche à des questions médicales et privées.)


Mais alors, voilà. Nous ne sommes pas riches. Ce n'est pas trop surprenant, pour un couple d'artistes. Ça ne devrait pas, mais c'est un autre débat. Cela ne veut pas dire que nous crevons de faim. Mais disons que ce qu'une grande partie de la population québécoise prend pour acquis, nous ne l'avons pas. Et quand on a un faible revenu, on est obligé de faire des choix. Ça coûte plus cher d'être écologique que d'acheter du quinze fois emballé chez Costco. Et parce qu'on n'a pas d'argent, on se retrouve obligés d'aller chez Costco. Ça coûte plus cher de prendre le train pour aller en tournée que de prendre la voiture! On essaie de consommer moins, de ne pas acheter les fruits et légumes emballés. Bonne chance! Sinon, acheter en vrac, ça demande de se déplacer beaucoup, de payer plus cher au final, parfois, et d'aller à des endroits spécifiques. On l'a fait. Mais on ne peut pas toujours le faire. Tout ça, ce n'est pas normal. On ne peut pas faire de notre mode de vie un travail à temps plein pour aller à contre-courant. C'est pour cela qu'il faut que le système change. Pour qu'il y ait des infrastructures de masse. Pour que ça ne soit pas crève-cœur d'être obligés de sacrifier le gros bon sens parce qu'on doit vivre à la hauteur de ses moyens.


Je suis certaine qu'il n'y a pas grand-monde qui travaille dans les sables bitumineux en Alberta qui y est par amour pour le pétrole. Pour un même salaire, n'y aurait-il pas d'alternatives? Il n'y a sûrement pas grand-monde qui cultive un amour fou de la production d'emballages de plastique non plus. Encore une fois, n'y a-t-il pas d'alternatives? C'est sûr que les compagnies peuvent changer. Cependant, le consommateur, lui, n'a peut-être pas toujours le moyen de payer pour exercer cette pression sur les grandes compagnies. Les gens sont fatigués aussi. J'ai des discussions, pas toujours agréables, avec mes propres parents. Ils me disent souvent qu'ils savent que je veux être éco, mais... C'est une question de confort et d'habitudes, bien sûr, mais c'est peut-être trop demandant pour beaucoup de gens d'aller à ce point à contre-courant. Ça prend plus pour que ça change.


Et pour que ça change, ça prend de la pression politique. C'est pour ça que j'ai marché.

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FRANCINE NGUYEN-SAVARIA
& MATTHIEU LATREILLE
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